Cinéma | · 9 min de lecture

Films fantastiques de 2010 : ceux à revoir

Films fantastiques 2010 à revoir : Inception, Dragons, Raiponce, Oncle Boonmee, Trolljegeren, avec dates de sortie, réalisateurs et soirées par public.

Films fantastiques de 2010 : ceux à revoir

Les films fantastiques 2010 se revoient pour leurs idées plus que pour leurs effets. Inception range ses rêves en étages, Dragons rend la créature attachante, Raiponce et Alice relisent les contes, Oncle Boonmee rafle la Palme d’or avec ses fantômes et la Norvège filme des trolls caméra à l’épaule. Seize ans plus tard, ces titres tiennent encore.

Pourquoi revoir les films fantastiques 2010 aujourd’hui

L’année 2010 suit de près la vague du relief lancée par Avatar, détaillée dans notre rétrospective du fantastique de 2009. Le temps a fait le tri : les titres qui reviennent dans les conversations misent sur une idée de récit, pas sur un procédé.

Le fantastique de 2010 se lit en familles plutôt qu’en palmarès :

  • les rêves et les doubles : Inception, Black Swan, Mr. Nobody
  • les contes relus : Alice au pays des merveilles, Raiponce, L’Odyssée du Passeur d’Aurore
  • les créatures à hauteur d’enfant : Dragons, Arrietty
  • les sagas en chemin : Harry Potter et les Reliques de la Mort, première partie, Percy Jackson
  • les peurs venues du froid : Trolljegeren, Père Noël Origines
  • les singularités : Oncle Boonmee, Adèle Blanc-Sec, Rubber, Monsters

Attention au calendrier : plusieurs de ces films, montrés en 2010 dans leur pays ou en festival, ne sont arrivés dans les salles françaises que l’année suivante.

Inception, Black Swan, Mr. Nobody : le vertige intérieur

Inception, écrit et réalisé par Christopher Nolan, sort en France le 21 juillet 2010. Des voleurs y entrent dans les rêves d’autrui pour dérober, ou déposer, une idée. Pour la bagarre en apesanteur du rêve de l’hôtel, l’équipe a construit un couloir capable de tourner sur lui-même dans un hangar de Cardington, au nord de Londres : les corps subissent vraiment la rotation, et la séquence a très peu vieilli.

Reste la toupie du dernier plan, que le montage abandonne avant sa chute. Ce doute final colle à la définition du fantastique posée par Tzvetan Todorov dans Introduction à la littérature fantastique : une hésitation entre explication naturelle et surnaturelle, que le spectateur tranche seul.

Black Swan, de Darren Aronofsky, déplace ce fantastique mental vers le corps. Présenté en compétition à la Mostra de Venise en 2010 et sorti en France le 9 février 2011, il suit une danseuse chargée d’incarner à la fois le cygne blanc et le cygne noir du Lac des cygnes, jusqu’à ne plus distinguer ses hallucinations du réel.

Mr. Nobody, de Jaco Van Dormael, sorti en Belgique et en France le 13 janvier 2010, suit le dernier mortel d’un futur où les humains ne meurent plus. Jared Leto y déplie toutes les vies que son personnage aurait pu mener, sans que le film tranche.

Petite toupie en métal qui tourne sur une table en bois sombre éclairée par une lampe basse

Contes relus : Alice, Raiponce et le Passeur d’Aurore

Tim Burton ouvre l’année des contes. Son Alice au pays des merveilles, sorti en France le 24 mars 2010, imagine le retour d’une Alice de dix-neuf ans dans un pays qu’elle croit avoir rêvé, face au Chapelier fou de Johnny Depp et à la Reine rouge d’Helena Bonham Carter. À revoir pour les décors et les costumes, plus que pour une trame d’aventure très balisée.

Raiponce, de Nathan Greno et Byron Howard, arrive en France le 1er décembre 2010. Ce cinquantième classique d’animation de Disney transforme la jeune fille enfermée dans sa tour en héroïne de comédie d’aventure. La scène des centaines de lanternes lâchées dans la nuit, portée par une chanson d’Alan Menken, reste celle que les enfants réclament en boucle.

Le Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’Aurore, de Michael Apted, sort en France le 8 décembre 2010. Edmund, Lucy et leur cousin Eustache basculent à travers un tableau sur les mers de Narnia. Disney ayant quitté la production, la 20th Century Fox distribue ce troisième volet, plus contemplatif que les deux premiers.

Dragons et Arrietty, l’animation fantastique à hauteur d’enfant

Dragons, de Chris Sanders et Dean DeBlois pour DreamWorks Animation, sort en France le 31 mars 2010. D’après le roman de Cressida Cowell, Harold, fils malingre d’un chef viking, découvre qu’un dragon blessé, Krokmou, n’a rien du monstre que son village chasse. Le film renverse la grammaire de l’animation fantastique : la créature devient le cœur affectif du récit, et la partition de John Powell a été nommée à l’Oscar.

Arrietty, le petit monde des chapardeurs, de Hiromasa Yonebayashi, sort au Japon le 17 juillet 2010 et en France le 12 janvier 2011. Le studio Ghibli y adapte The Borrowers de Mary Norton, sur un scénario de Hayao Miyazaki et Keiko Niwa : une fillette minuscule vit cachée sous le plancher d’une maison humaine.

Les deux films soignent les matières et les échelles, du cuir d’une selle de dragon à la goutte d’eau énorme dans une main minuscule. Notre sélection de films fantastiques à partager en famille prolonge la piste avec d’autres époques.

Harry Potter et Percy Jackson, des sagas en chemin

Harry Potter et les Reliques de la Mort, première partie, sort en novembre 2010 sous la direction de David Yates. Harry, Ron et Hermione quittent Poudlard et errent sous une tente à la recherche des Horcruxes. Ce rythme d’errance, lent pour une superproduction, donne aujourd’hui au film une mélancolie que les épisodes scolaires n’avaient pas.

Le film fantastique de Yates s’offre une parenthèse animée : le Conte des trois frères, réalisé et dessiné par Ben Hibon. Warner Bros. avait renoncé le 8 octobre 2010 à la version en relief, faute de pouvoir convertir tout le film au niveau voulu. La conclusion arrive l’été suivant, racontée dans la rétrospective des films fantastiques de 2011.

Percy Jackson : Le Voleur de foudre, sorti en France le 10 février 2010, joue le relais. Chris Columbus, réalisateur des deux premiers Harry Potter, y adapte Rick Riordan : un adolescent se découvre fils d’un dieu grec. Une passerelle naturelle pour un enfant qui vient de quitter Poudlard.

Forêt de sapins enneigée au crépuscule avec une lampe torche allumée posée dans la neige

Trolljegeren et Père Noël Origines, le froid qui fait peur

Le fantastique nordique signe en 2010 deux propositions que le temps a bonifiées, chacune née d’un folklore pris au pied de la lettre.

Trolljegeren, d’André Øvredal, sort en Norvège le 29 octobre 2010, puis en France le 27 juillet 2011 sous le titre The Troll Hunter. Trois étudiants en cinéma y suivent Hans, chasseur employé par un service d’État chargé de garder secrète l’existence des trolls. Le faux documentaire tourné caméra à l’épaule rend les géants crédibles parce qu’ils surgissent dans des paysages réels, et notre dossier sur les trolls au cinéma, des sagas islandaises aux plateformes retrace la généalogie de la créature.

Père Noël Origines, titré Rare Exports en version originale, est signé Jalmari Helander. Cette coproduction finlandaise sort en Finlande le 3 décembre 2010, et seulement le 14 décembre 2011 en France. Des fouilles dans les montagnes de Korvatunturi y réveillent une créature des légendes locales qui terrorisait les enfants désobéissants : un conte de Noël pour adultes, à garder loin des jeunes croyants.

Oncle Boonmee, une Palme d’or peuplée de fantômes

Au Festival de Cannes 2010, le jury présidé par Tim Burton remet la Palme d’or à Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. Le film sort en France le 1er septembre 2010.

Boonmee, apiculteur malade des reins, se retire dans une ferme de montagne pour ses derniers jours. Au dîner, le fantôme de sa femme prend place à table, puis son fils disparu revient sous la forme d’un grand singe sombre aux yeux rouges. Les vivants accueillent les morts avec une douceur déconcertante.

Le fantastique d’auteur prend ici une forme rare : plans longs, jungle nocturne qui respire, aucun effet de surprise. Le film demande un spectateur disponible et récompense cette patience par des images qui hantent longtemps.

Adèle Blanc-Sec, Rubber, Monsters : trois paris à contre-courant

Le fantastique français tente deux voies opposées. Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, de Luc Besson, sort le 14 avril 2010 : Louise Bourgoin incarne l’héroïne de Jacques Tardi dans un Paris de 1912 où un œuf de ptérosaure éclot au Muséum d’histoire naturelle.

Rubber, de Quentin Dupieux, prend le contre-pied. Présenté à la Semaine de la critique à Cannes en mai 2010 et sorti le 10 novembre, il suit Robert, un pneu doué de pouvoirs psychiques qui tue à distance dans un désert de Californie, sous les jumelles de spectateurs installés dans le décor. Notre panorama des films fantastiques tournés en France suit Dupieux jusqu’à Mandibules.

Monsters, premier long métrage du Britannique Gareth Edwards, est montré au festival South by Southwest en mars 2010. Un photographe y escorte la fille de son patron à travers une zone infectée du Mexique, peuplée de créatures extraterrestres. Tourné avec une équipe minuscule dans de vrais décors, le film doit ses effets visuels au cinéaste lui-même, qui les a fabriqués chez lui avec des logiciels grand public.

La leçon vaut pour tout le cinéma fantastique : la créature effraie davantage quand elle reste à la lisière du cadre.

Vieux pneu noir couché sur une piste de sable dans un désert sous un soleil bas

Les Oscars 2011, miroir de l’année

La 83e cérémonie des Oscars, tenue en 2011, récompense largement les sorties de 2010 qui touchent au genre. D’après la liste des lauréats publiée par l’Académie des arts et des sciences du cinéma :

  • Inception : quatre statuettes, photographie de Wally Pfister, effets visuels, mixage et montage son
  • Alice au pays des merveilles : direction artistique et costumes de Colleen Atwood
  • Wolfman, de Joe Johnston, sorti en France le 10 février 2010 : maquillage de Rick Baker et Dave Elsey
  • Black Swan : Natalie Portman, actrice principale
  • Toy Story 3, de Lee Unkrich : film d’animation, face à Dragons et à L’Illusionniste

Les Reliques de la Mort, première partie, repart bredouille de ses deux nominations techniques. Ce palmarès salue autant l’effet fabriqué devant la caméra, couloir rotatif ou prothèses de loup-garou, que la synthèse.

Composer vos soirées de rattrapage

Revoir ces films par paires change l’expérience :

  • soirée famille : Dragons puis Arrietty, une créature apprivoisée et un monde minuscule
  • soirée contes : Alice au pays des merveilles puis Raiponce, deux relectures d’un même héritage
  • soirée vertige : Inception puis Black Swan, deux héros enfermés dans leur propre tête
  • soirée curiosités : Trolljegeren puis Rubber, la peur et le rire tournés loin des studios

Oncle Boonmee et Mr. Nobody demandent un public adulte prêt à lâcher prise, et Monsters forme une première marche vers le cinéma de peur, puisque tout y repose sur ce que le cadre cache.

Prochaine étape : choisissez une soirée, éteignez les lumières et commencez par Inception. Notez votre verdict sur la toupie avant le générique : rêve ou réalité, votre réponse dira quel spectateur du fantastique vous êtes.