Cinéma | · 9 min de lecture

Films fantastiques 2009 : l'année charnière à revoir

Rétrospective du fantastique de 2009 : bascule vers le relief, sagas jeunesse au sommet, animation en volume, fantastique d'auteur et comment les revoir.

Films fantastiques 2009 : l'année charnière à revoir

Les films fantastiques 2009 occupent une position unique dans l’histoire du genre. Avatar impose le relief numérique en décembre, Harry Potter et Twilight règnent sur le public adolescent, Coraline ramène l’animation en volume au premier plan, et le fantastique d’auteur signe plusieurs réussites durables. Douze mois qui séparent deux époques du cinéma de l’imaginaire.

Pourquoi les films fantastiques 2009 font charnière

L’année ne se résume pas à une liste de sorties. Elle fabrique les outils avec lesquels le genre travaillera pendant toute la décennie suivante. Trois chantiers avancent en parallèle.

Le premier est technique. Avatar, réalisé par James Cameron et sorti en décembre 2009, arrive en projection numérique et en IMAX 3D, tourné avec la Fusion Camera System modifiée par Cameron et Vince Pace, selon Wikipédia. Le relief cesse d’être une attraction de fête foraine pour devenir un format de sortie ordinaire.

Le deuxième touche au jeu d’acteur : la capture de mouvement quitte la créature isolée pour occuper le cadre entier, jusqu’à confier tous les rôles d’un conte du dix-neuvième siècle à un seul interprète.

Le troisième est institutionnel. La 82e cérémonie des Oscars, tenue en 2010 pour les films de 2009, remplace les cinq nommés traditionnels du meilleur film par dix. District 9, de Neill Blomkamp, y décroche quatre nominations dont celle du meilleur film, une place qu’un film de genre à trente millions de dollars de budget aurait difficilement obtenue avant. Démineurs, de Kathryn Bigelow, remporte la statuette, et Avatar repart avec trois Oscars sur neuf nominations : direction artistique, photographie et effets visuels.

Ce que le fantastique de 2009 installe durablement se résume à trois acquis :

  • le relief comme format de sortie, et non comme curiosité technique
  • la capture de mouvement appliquée à des rôles entiers, pas seulement à des monstres
  • la légitimité académique du film de genre, portée par l’élargissement des nominations

Lunettes de cinéma en relief posées sur un fauteuil rouge vide dans une salle obscure

Le blockbuster fantastique bascule dans le relief

Avatar occupe décembre et la conversation pendant des années. Le film mêle capture de mouvement et synthèse dans un même plan, avec une caméra qui restitue un aperçu du résultat pendant la prise. Le procédé change la fabrication d’un tournage fantastique : le décor n’existe plus, la performance précède l’image.

Le Drôle de Noël de Scrooge, sorti la même année, applique la méthode à un tout autre registre. Robert Zemeckis adapte Un chant de Noël de Charles Dickens en capture de mouvement, avec Jim Carrey dans huit rôles, dont Scrooge aux différents âges de sa vie et les trois esprits de Noël. Le film sort également en relief.

Les studios comprennent vite l’intérêt du calendrier. Warner avait fixé la sortie de Harry Potter et le Prince de sang-mêlé au 26 novembre 2008, avant de la déplacer au 15 juillet 2009 pour étaler ses grosses productions sur l’année. Décision commerciale, effet bien réel : l’été 2009 appartient à Poudlard.

Le relief numérique de cette période produit un paradoxe amusant. Les films conçus pour la troisième dimension dès le tournage tiennent la route, alors que les conversions hâtives des mois suivants ressemblent à de simples décalages de plans.

Les sagas jeunesse à leur sommet, juste avant la bascule

L’année 2009 voit deux franchises littéraires atteindre leur plein régime. Harry Potter et le Prince de sang-mêlé, sixième volet réalisé par David Yates, assombrit franchement le ton : le récit resserre l’intrigue autour de la mémoire de Voldemort et prépare la rupture finale.

Novembre appartient à Twilight, chapitre II : Tentation, réalisé par Chris Weitz d’après le roman de Stephenie Meyer. Ce deuxième volet installe le triangle amoureux et la meute de loups qui structureront la suite. Son poids auprès du public adolescent de la fin des années 2000 reste difficile à surestimer.

Les deux titres partagent un trait qui définit la saga fantastique de cette période : la fidélité au livre passe avant l’autonomie du film. Le spectateur qui arrive en cours de route reste sur le quai. Cette dépendance au roman source crée des ordres de visionnage contradictoires, un casse-tête détaillé dans notre guide des grandes sagas fantastiques et de leur ordre de visionnage.

Deux ans plus tard, le paysage a changé de forme : la saga de Poudlard se termine, Marvel pose ses fondations et la fantasy télévisée prend le relais, comme le raconte la rétrospective des films fantastiques de 2011. Vu depuis 2009, rien de tout cela n’était écrit.

L’animation tire le fantastique vers les adultes

C’est le domaine où les sorties fantastiques 2009 ont le mieux résisté au temps. Coraline, réalisé par Henry Selick d’après le roman de Neil Gaiman publié en 2002, est le premier long métrage produit par le studio américain Laika. Tourné en animation en volume, il a été distribué dans une version stéréoscopique.

L’animation en volume donne à ce conte une texture que la synthèse n’atteint pas : les fils de laine, le grain du papier peint, la rigidité minuscule d’un geste de marionnette. Le film effraie sans presque rien montrer, et beaucoup d’adultes le redécouvrent avec un respect tardif.

Pixar signe l’autre grand geste de l’année avec Là-haut, réalisé par Pete Docter et Bob Peterson. Le film a été projeté le 13 mai 2009 en ouverture de la 62e édition du Festival de Cannes, devenant le premier film d’animation à ouvrir ce festival, puis il est sorti en France le 29 juillet 2009. Il a remporté deux Oscars, meilleur film d’animation et meilleure musique pour Michael Giacchino.

Le troisième titre est le moins connu, et c’est injuste. Brendan et le Secret de Kells, réalisé par Tomm Moore et Nora Twomey pour le studio irlandais Cartoon Saloon, en coproduction avec la Belgique et la France, mise sur une animation traditionnelle en deux dimensions inspirée de l’enluminure médiévale. Le film a décroché une nomination à l’Oscar du meilleur film d’animation, face à des productions aux budgets sans commune mesure.

Salle de cinéma vide vue depuis les derniers rangs, écran gris faiblement éclairé

Le fantastique sombre et d’auteur prend ses aises

Loin des budgets à neuf chiffres, 2009 accueille des propositions bien plus rugueuses. Paranormal Activity, réalisé par Oren Peli, a été tourné en 2007 en sept jours pour un budget compris entre 13 500 et 15 000 dollars selon Wikipédia. Sorti en salles aux États-Unis en octobre 2009, puis en France le 2 décembre, il a totalisé 193 355 800 dollars de recettes mondiales.

Le dispositif tient à une caméra posée dans une chambre et à la patience du spectateur. Cette économie radicale relance le film d’épouvante en found footage pour une décennie entière, avec les excès qui suivent tout succès.

Trois autres titres illustrent la vitalité du fantastique d’auteur cette année-là :

  • Max et les Maximonstres, de Spike Jonze, d’après l’album de Maurice Sendak, où les créatures mêlent marionnettes et animation numérique, conçues par la Jim Henson Company avec costumes et animatroniques, les visages étant affinés numériquement
  • L’Imaginarium du docteur Parnassus, de Terry Gilliam, dont le tournage a été bouleversé par la mort de Heath Ledger le 22 janvier 2008 : Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell reprennent le rôle de Tony à chacun de ses passages dans le miroir, et ont reversé leurs cachets à la fille de l’acteur
  • Lovely Bones, de Peter Jackson, adaptation de La Nostalgie de l’ange d’Alice Sebold, qui place son héroïne dans un entre-deux d’où elle observe les siens, porté par Saoirse Ronan et par un Stanley Tucci nommé à l’Oscar du second rôle

Aucun de ces films ne cherche le consensus, et deux d’entre eux divisent encore les cinéphiles.

Le fantastique européen tient son rang

Le fantastique européen de cette période mérite une place à part, parce qu’il travaille les mêmes motifs avec de tout autres moyens. Morse, de Tomas Alfredson, adapté du roman Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist, est sorti en Suède en 2008 et en France le 4 février 2009. Son histoire de vampire et d’enfance humiliée a été saluée par la critique et primée dans de nombreux festivals.

Amer, coproduction belge et française signée Hélène Cattet et Bruno Forzani, joue de bout en bout avec l’imagerie du giallo italien, dans la filiation de Mario Bava, Massimo Dallamano et Dario Argento. Le film a été achevé en 2009 et distribué en salles en France en mars 2010.

En France, Marina de Van réalise Ne te retourne pas avec Sophie Marceau et Monica Bellucci, présenté en sélection officielle hors compétition au Festival de Cannes 2009. Ce récit d’une identité qui se défait appartient au registre fantastique, sans le moindre effet spectaculaire.

Ce qui a vieilli, ce qui tient encore

Seize ans plus tard, le tri obéit à une logique simple : ce qui reposait sur un procédé a souffert, ce qui reposait sur une idée a tenu.

Les effets pâtissent le plus. Les visages de synthèse issus de la capture de mouvement de 2009 trahissent leur époque, avec cette étrangeté du regard que les spectateurs repèrent immédiatement. À l’inverse, Moon, réalisé par Duncan Jones avec Sam Rockwell pour cinq millions de dollars, tient remarquablement : la base lunaire a été construite en maquettes, sur un décor d’environ six mètres sur neuf. La matière filmée résiste mieux que le pixel calculé.

L’écriture départage ensuite : les films qui expliquent leur univers dans les dix premières minutes paraissent bavards, ceux qui font confiance au hors-champ ont gagné en force.

La musique, enfin, agit comme une machine à remonter le temps. La partition de Michael Giacchino pour Là-haut, récompensée par l’Oscar de la meilleure musique, fonctionne intacte hors du film. Trois critères suffisent donc à reconstituer une sélection solide dans le cinéma fantastique de ces années :

  • la place du hors-champ dans la peur et dans l’émerveillement
  • la nature des effets, fabriqués devant la caméra plutôt que calculés après
  • l’autonomie du récit, lisible sans avoir lu le roman d’origine

Bobine de film posée près d’un projecteur dans une cabine de projection sombre

Comment revoir ce cinéma fantastique aujourd’hui

Quelques précautions changent tout. Privilégiez les éditions récentes de Morse et de Coraline, dont les restaurations soignées rendent justice aux partis pris de lumière et de matière ; sur un écran contemporain, une vieille copie compressée écrase les noirs et abîme le travail des chefs opérateurs.

Pour le relief, la version à plat reste souvent préférable : les projections domestiques en trois dimensions assombrissent l’image, et ces films ont été étalonnés en pensant d’abord à la salle.

Voici un ordre de visionnage utile pour saisir la bascule de cette année en trois soirées :

  • soirée technique : Avatar puis Le Drôle de Noël de Scrooge, la capture de mouvement appliquée à deux buts opposés
  • soirée artisanale : Coraline puis Brendan et le Secret de Kells, deux animations faites à la main
  • soirée adulte : Morse puis L’Imaginarium du docteur Parnassus, le fantastique sans filet

Avec des enfants, Là-haut, Brendan et le Secret de Kells et le conte de Dickens passent sans difficulté. Coraline demande un avertissement préalable, sa cruauté étant réelle, et Morse ou Paranormal Activity s’adressent clairement à un public averti. Pour situer ces titres dans l’histoire du genre, notre guide du film fantastique pose les repères, et la sélection des films fantastiques devenus cultes montre lesquels ont atteint le statut d’œuvre de référence.

Prochaine étape concrète : bloquez une soirée, projetez Coraline puis Morse dos à dos, et observez comment deux récits d’enfance solitaire, l’un en pâte à modeler et l’autre dans la neige, atteignent exactement la même inquiétude avec des moyens opposés. C’est le raccourci le plus court vers ce que 2009 a légué au genre.