Cinéma | · 10 min de lecture

Film avec des trolls : les titres qui comptent au cinéma

Film avec des trolls : origines folkloriques de la créature, titres marquants du cinéma norvégien à DreamWorks, évolution des effets et où les voir aujourd'hui.

Film avec des trolls : les titres qui comptent au cinéma

Un film avec des trolls puise dans le folklore scandinave, où la créature garde les ponts, dort sous la montagne et se change en pierre au lever du jour. Le cinéma en a tiré du found footage norvégien, du blockbuster catastrophe, du conte animé et un drame primé à Cannes. Voici les titres qui comptent et ce qu’ils font de la bête.

D’où vient le troll : Edda, sagas islandaises et contes norvégiens

La créature appartient d’abord à la tradition nordique écrite. Dans l’Edda poétique, le poème Alvíssmál raconte comment Thor retient le nain Alvíss en conversation jusqu’à l’aube, jusqu’à ce que le soleil le change en pierre. La Grettis saga, texte islandais plus tardif, applique le même sort à une trollesse surprise par le jour. La pétrification au lever du jour n’est donc pas une trouvaille de scénariste, c’est un motif ancien.

La silhouette, elle, vient des contes populaires. Peter Christen Asbjørnsen et Jørgen Moe publient leurs Norske Folkeeventyr entre 1841 et 1844 et y installent un être massif, velu, souvent stupide, parfois pourvu de plusieurs têtes. Les Trois Boucs, où un troll rançonne le passage d’un pont, sort de ce recueil.

Puis vient l’image. Les éditions illustrées de la fin du XIXe siècle confient les dessins à Erik Werenskiold, puis à Theodor Kittelsen (1857-1914). Ses trolls norvégiens se confondent avec le relief : un nez démesuré, une chevelure de mousse, deux yeux qui brillent dans une masse rocheuse. Toute la grammaire visuelle que le cinéma reprendra tient déjà dans ces planches.

Henrik Ibsen ajoute la dernière pièce en 1867 avec Peer Gynt et son roi de Dovre, le Dovregubben, que la musique de scène d’Edvard Grieg (1875) rendra célèbre bien au-delà de la Norvège.

Ce que le cinéma garde du folklore, ce qu’il invente

Le soleil comme arme scénaristique

Tolkien fait entrer la pétrification dans la fiction anglophone avec Le Hobbit (1937). Tom, Bert et William, trois trolls occupés à se disputer la façon de cuisiner des nains, se figent à l’aube. Dans son étude The History of The Hobbit, John D. Rateliff observe que ce trait ne figurait pas dans les récits anglais antérieurs, y compris Les Trois Boucs. Le cinéma hérite donc de Tolkien avant d’hériter des contes : dès qu’un film montre un troll qui redoute la lumière, la filiation passe par lui.

Quatre décors, quatre fonctions

Les scénaristes réutilisent toujours les mêmes lieux, et chacun impose son registre :

  • Le pont : le troll y prélève un péage, ressort comique autant que menaçant
  • La montagne : masse endormie sous la roche, réveillée par un chantier humain
  • La grotte : espace clos de combat rapproché, la créature y sert d’obstacle physique
  • La forêt : territoire nocturne, le troll y devient prédateur presque invisible

Ce découpage explique pourquoi deux films avec des trolls se ressemblent si peu. Le décor décide du ton avant la créature.

Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux, le troll de fantasy épique

Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l’anneau (2001) offre à la créature sa scène de référence moderne. Dans la Moria, le monstre est entièrement numérique : Weta Digital l’anime à partir d’une captation de mouvement portée par Randall William Cook, également superviseur des effets. Computer Graphics World détaillait en décembre 2001 un modèle NURBS de 3,7 millions de points de contrôle répartis sur 250 surfaces, doublé d’une version allégée à 28 000 points pour le travail d’animation. Ce troll numérique fut l’un des arguments techniques montrés à Cannes en 2001, avant la sortie du film.

Onze ans plus tard, Le Hobbit : Un voyage inattendu (2012) revient aux trois trolls du roman et les traite en scène de comédie, dialogue de cuisine compris, avec une pétrification finale fidèle au livre. Le contraste entre les deux séquences résume le problème posé au cinéma : la créature fonctionne aussi bien comme machine de guerre que comme bouffon.

Harry Potter à l’école des sorciers (2001) tranche pour la seconde option avec son troll des montagnes lâché dans des toilettes de Poudlard, massue à la main et intelligence proche de zéro. Pour situer ces films les uns par rapport aux autres, notre guide des sagas fantastiques donne l’ordre de visionnage.

Forêt de conifères noyée dans la brume au lever du jour, blocs de granit couverts de mousse

Trolljegeren, le found footage qui a relancé la créature

Sorti en Norvège le 29 octobre 2010 et distribué ailleurs sous le titre Troll Hunter, Trolljegeren reste le film avec des trolls le plus imité depuis quinze ans. André Øvredal y filme une équipe d’étudiants qui suit un chasseur employé par une administration secrète. Le budget avoisine 19 millions de couronnes norvégiennes, soit environ 3,5 millions de dollars, pour des recettes de l’ordre de 24 millions de couronnes.

La force du film tient à son sérieux administratif. Les créatures y sont classées par espèces, leurs comportements font l’objet de fiches, leur gestion relève d’un service public que personne ne doit connaître. Otto Jespersen, humoriste norvégien très identifié dans son pays, joue le chasseur avec une lassitude de fonctionnaire épuisé. Le found footage, format alors saturé par l’horreur américaine, retrouve ici une raison d’être : la caméra amateur justifie de ne montrer la bête que par fragments.

Sur la question de l’âge, le registre reste l’aventure nocturne plus que l’horreur graphique. Peu de sang, une tension entretenue par le hors-champ, quelques plans de gueule ouverte : le film vise plutôt les adolescents et les adultes que les jeunes enfants, sans jamais basculer dans la complaisance.

Troll et Troll 2, le Dovregubben à l’échelle Netflix

Roar Uthaug déplace la créature vers le film catastrophe. Troll, mis en ligne par Netflix le 1er décembre 2022, réveille un géant de pierre dans les montagnes de Dovre après un chantier de tunnel, puis l’envoie marcher vers Oslo. Le tournage s’est déroulé à Dovre, Lom, Øyer, Rena, Ulsteinvik et Askim, autant de paysages qui servent d’échelle au monstre.

Le résultat a dépassé les attentes de la plateforme : 103 millions de vues sur les 91 premiers jours selon les chiffres publiés par Netflix, ce qui en a fait le film non anglophone le plus regardé de son catalogue, devant Sous la Seine et ses 102,3 millions. Le titre est entré dans le top 10 de 93 pays.

La suite, sobrement intitulée Troll 2, est arrivée le 1er décembre 2025 avec le même réalisateur et le même scénariste, Espen Aukan. Elle a pris la tête du classement Netflix dans 59 pays dès sa première semaine, d’après NordiskPost (décembre 2025). Uthaug puise ouvertement chez Ibsen : son monstre descend du roi de Dovre, et le film assume la lecture nationale de la créature comme mémoire enfouie du pays. Le reste de l’offre de la plateforme figure dans notre sélection de films fantastiques sur Netflix.

Border, quand le troll devient une question sur l’altérité

Gräns, distribué en France sous le titre Border, prend le contre-pied absolu du monstre spectaculaire. Réalisé par Ali Abbasi d’après une nouvelle de John Ajvide Lindqvist, le film a remporté le prix d’Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018. Tina, agente des douanes suédoises, détecte la peur et la culpabilité à l’odeur. Son visage, sa mâchoire, sa démarche la placent en marge de tout le monde, jusqu’au jour où elle croise quelqu’un qui lui ressemble.

Le maquillage porté par Eva Melander a valu au film une nomination à l’Oscar des meilleurs maquillages et coiffures en 2019, et la Suède l’avait présenté dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Rien de comparable à un blockbuster : le troll y sert de révélateur social, pas d’adversaire.

Ce type de proposition circule d’abord par le circuit spécialisé, comme le rappelle notre panorama des festivals de cinéma fantastique, où les films nordiques trouvent leur premier public avant toute sortie commerciale.

Table d’atelier avec prothèses en mousse sculptées, pinceaux et pots de pigment sous une lampe chaude

Trolls, Trollhunters et la version douce de la créature

L’animation a fabriqué un troll parallèle, coloré et inoffensif. DreamWorks lance Trolls en 2016, adapté des poupées Good Luck Trolls créées par le designer danois Thomas Dam à la fin des années 1950. Le film rapporte 347 millions de dollars pour un budget de 125 millions. Trolls World Tour, sorti en 2020 alors que les salles fermaient, réalise 49,3 millions au box-office, l’essentiel hors des États-Unis. Trolls Band Together (2023) remonte à près de 209,6 millions pour 95 millions de budget.

La Reine des neiges (2013) propose une autre variante : les trolls du Val de la Roche vivante y jouent les gardiens de mémoire et les conseillers, à mi-chemin entre le caillou et le grand-parent. Le passage du monstre au mentor résume l’acclimatation américaine de la créature.

Guillermo del Toro tient la position la plus intéressante avec Trollhunters : Les Contes d’Arcadia, lancée sur Netflix en 2016 et produite par DreamWorks Animation. La première saison a remporté six Daytime Emmys aux Creative Arts en 2017, dont un pour la réalisation. La question d’une quatrième saison revient sans cesse : la série compte trois parties, prolongées par 3Below puis Wizards, et la trilogie se referme sur le long-métrage Trollhunters : Le Réveil des Titans, mis en ligne le 21 juillet 2021. Ces titres figurent en bonne place dans notre sélection de films fantastiques à voir en famille.

Plateau de tournage nocturne en forêt, projecteurs sur pieds et câbles au sol, halo de brume artificielle

Du latex au pixel : comment les effets ont refaçonné le troll

Prothèses, mousse de latex et animatronique

Avant l’image de synthèse, le troll passait par les mains d’un sculpteur. Troll (1986) porte la signature de John Carl Buechler, technicien des effets de maquillage devenu réalisateur, et repose entièrement sur des créatures en mousse de latex animées par câbles et tringles. Willow (1988) mêle costumes, marionnettes et animatronique dans la même logique. Ces effets pratiques imposaient une contrainte utile : la créature devait exister physiquement sur le plateau, donc respecter une échelle et une lumière réelles.

Border prouve que la méthode n’a pas vieilli. Les prothèses de mousse portées par ses interprètes tiennent le gros plan pendant tout le film, là où un visage numérique aurait rompu l’illusion documentaire recherchée par Abbasi. La décennie 1980 et ses innovations de maquillage restent la référence technique de cette approche.

Synthèse, échelle et lumière

L’image de synthèse a débloqué autre chose : la taille. Trolljegeren a fait tenir des créatures de plusieurs dizaines de mètres dans un budget minuscule en les gardant dans l’obscurité, à contre-jour, souvent hors cadre. Troll (2022) va à l’opposé avec un monstre visible en plein jour, filmé de la cheville au sommet du crâne dans des vallées réelles.

Le changement décisif porte sur l’échelle du monstre plus que sur son grain de peau. Un troll de dix mètres oblige à repenser les axes de caméra, la vitesse de déplacement et le poids sonore de chaque pas, ce qu’aucune combinaison en latex ne pouvait offrir.

Salle de projection vide, fauteuils rouges alignés et faisceau du projecteur dans la poussière lumineuse

Où voir un film avec des trolls aujourd’hui

L’offre se répartit en quatre familles, faciles à distinguer avant de lancer une soirée :

  • Norvégien contemporain : Troll et Troll 2, disponibles sur Netflix, spectacle catastrophe assumé
  • Found footage : Trolljegeren, à chercher en vidéo à la demande ou lors des rediffusions de cinéma de genre
  • Fantasy épique : les trilogies du Seigneur des anneaux et du Hobbit, où la créature reste un second rôle marquant
  • Animation et jeunesse : la trilogie Trolls, La Reine des neiges, Trollhunters et son film de clôture

Reste une curiosité que les cinéphiles se transmettent : Troll 2 (1990), réalisé par Claudio Fragasso, tourné dans l’Utah sous le titre Goblins et rebaptisé pour profiter du film de 1986. Aucun troll n’y apparaît, seulement des gobelins végétariens. Sa réputation de pire film jamais tourné a nourri un documentaire, Best Worst Movie (2009), signé Michael Stephenson, l’enfant acteur du film devenu adulte. Les trolls animés de DreamWorks paraissent presque sobres à côté.

Prochaine étape : enchaîner Trolljegeren puis Border dans la même semaine. Deux heures et demie au total, deux façons opposées de filmer la même créature, et le meilleur raccourci pour comprendre ce que le cinéma nordique a fait du folklore de ses grands-parents.